A la rencontre des acteurs du franco-bavarois : interview d’Axel Honsdorf, directeur du CCUFB.

Le Consulat part à la rencontre des acteurs principaux de la coopération franco-bavaroise et vous propose une série d’entretiens avec des personnalités marquantes en Bavière. Rencontre aujourd’hui avec Axel Honsdorf, directeur du Centre de Coopération Universitaire Franco-Bavarois (CCUFB) depuis 2007, mais aussi père d’un foyer franco-allemand.

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A la rencontre des acteurs du franco-bavarois : Interview d’Axel Honsdorf, directeur du CCUFB

Consulat général de France à Munich : Comment un Bavarois en vient-il au français et à la France ? Où est né votre intérêt ? Comment en êtes-vous arrivé à la tête du CCUFB ?

Axel Honsdorf : En réalité, je viens à l’origine d’Aix-la-Chapelle. Donc je suis ce qu’on appelle en Bavière un « Zugereister ». Aix-la-Chapelle était beaucoup plus proche de Paris que de Berlin, donc la France a toujours eu une grosse influence sur moi et sur les habitants de cette ville. C’est une région frontalière qui historiquement a toujours été tournée vers l’Ouest. Pour les gens du Rhin, les relations avec la France tombent sous le sens. Enfant, on étudie par exemple l’histoire de Charlemagne, qui est revendiqué comme le père de l’Europe des deux côtés du Rhin. Il ne faut également pas oublier qu’à l’époque, il s’agissait de la période de la Guerre froide et qu’une bonne partie de l’Europe n’était pas accessible. C’était donc plus naturel pour nous de nous tourner vers l’Ouest.

Je ne viens pas d’une famille bilingue. Mes premières langues à l’école étaient le latin et l’anglais. J’avoue que j’ai commencé à apprendre le français assez tardivement à l’âge de 15 ans. Et par la suite, j’ai vraiment été, ce qu’on pourrait appeler, un « bébé » de l’OFAJ. Grâce à l’école et aux échanges organisés par l’OFAJ, on allait régulièrement à Reims, ville jumelée avec Aix-la-Chapelle, au Lycée Jean Jaurès. Et typiquement, pour quelqu’un qui n’était pas bilingue, c’était l’occasion d’être plongé au cœur des relations franco-allemandes. Ma fascination pour la France date de cette période-là et est restée.

La grande étape après, bien sûr, a été l’ERASMUS que j’ai fait en échange avec l’Université de Rennes pendant mes études de droit à Erlangen et cela m’a fortement influencé. J’avais 20 ou 21 ans et à cette période, la vie est très belle ! La Bretagne a été très accueillante et j’ai noué de très belles relations sur place – une bonne partie de des amitiés actuelles datent encore de cette époque-là. Un premier séjour à l’étranger, où l’on est tout seul, est toujours une étape très importante et enrichissante.

Mon parcours qui paraît aujourd’hui très homogène sur mon CV est plutôt dû au hasard, mais j’ai l’impression qu’à chaque fois, tout me ramenait vers la France. Après mon deuxième examen public de droit (Zweites juristisches Staatsexamen), j’ai tout de suite trouvé un travail au secrétariat général de l’Université franco-allemande (UFA) à Sarrebruck. C’était les débuts de l’UFA et j’avais la possibilité durant cette période d’être très créatif, ce qui n’est pas évident pour les juristes, qui sont plutôt d’habitude des gens conservateurs qui appliquent la loi et qui la prescrivent (sourire). Mais à l’UFA, j’ai eu l’opportunité de me lancer vers tout ce qui concerne le soutien à la recherche et les financements doctoraux. On avait la liberté de créer beaucoup de nouvelles formules pour soutenir la recherche, comme par exemple les financements en cotutelle de thèse entre la France et l’Allemagne, qui étaient assez innovants à cette époque.

Je suis finalement arrivé au CCUFB en 2007. J’avais commencé à travailler avec le CCUFB quand j’étais à l’UFA, donc je connaissais la structure. Quand le poste a été vacant on m’a demandé si je voulais venir à Munich et après discussion avec mon épouse, j’ai saisi cette opportunité.

Comment vivez-vous la différence culturelle franco-allemande ? Et puisqu’il me semble que votre épouse est française : comment gère-t-on un foyer franco-allemand ?

Alors vous savez, je suis au quotidien, dans ma vie et dans mon travail, tellement avec des Français, que parfois les différences culturelles m’échappent. Au bureau, je suis même en minorité, car l’équipe est constituée en majorité de Français. Et je crois, du point de vue privé, qu’un foyer franco-allemand n’est pas plus ou moins chaotique qu’un foyer mono-national. La plus grosse difficulté, c’est de savoir si l’on va écouter la radio en français ou en allemand en se réveillant le matin !

Mais il est vrai que dès que l’on touche à des questions sérieuses, on peut remarquer des différences. J’ai l’impression que les gens font plus confiance, par exemple, au système de santé ou au système scolaire de leur pays d’origine, car ils ont l’habitude de ce système. Les familles binationales sont cependant très privilégiées à Munich car de nombreuses structures franco-allemandes existent. Par exemple, nous avons eu la chance de pouvoir inscrire notre fille dans un Kindergarten bilingue.

Quel regard portez-vous sur les relations franco-allemandes et sur les relations franco-bavaroises ?

Les relations franco-allemandes sont très particulières, notamment dans le domaine de la recherche et de la coopération universitaire - qui est celui que je connais le mieux. Vues de l’extérieur, ces relations sont exceptionnellement développées. On a une panoplie d’acteurs, d’outils, de mécanismes qui sont uniques. En discutant avec d’autres Européens ou non-Européens, ces derniers sont parfois étonnés de la densité des relations franco-allemandes. Par exemple, si l’on considère le nombre de cursus intégrés qui existent entre des établissements d’enseignement supérieur en France et en Allemagne, les mécanismes existants comme les programmes de l’OFAJ ou encore les jumelages pour renforcer la participation de la société civile, on est vraiment très avancés, et pour moi c’est absolument unique.

A fortiori, les relations franco-bavaroises, au sein des relations franco-allemandes, sont des relations phares. Il faut bien noter qu’il y a des liens historiques très forts entre la Bavière et la France. Différents moments ont lié les deux pays, comme le fait que le Royaume de Bavière est le résultat des bouleversements européens ayant eu lieu après la Révolution française, ou encore que les réformes « à la française » de Maximilian von Montgelas ont complètement changé le système administratif bavarois sous le roi Maximilien Ier Joseph. Et aujourd’hui ce qui est très important, c’est de voir que la Bavière, même en tant que Land, a une identité régionale si forte, que cela la conduit à développer ses propres relations avec des partenaires extérieurs, dont la France. Le CCUFB est un bon exemple en cela car il est unique en Allemagne. Cela montre l’intérêt que la Bavière porte à la France. Si l’on regarde les chiffres, c’est clair que les relations franco–bavaroises sont très fortes. En termes de flux d’étudiants ou de cursus intégrés, la Bavière est le deuxième partenaire de la France en Allemagne, derrière le Bade-Wurtemberg, qui est une région frontalière. Même si Berlin a une attractivité énorme auprès des jeunes Français, la Bavière reste l’une des premières destinations pour les jeunes diplômés. Neuf sièges sociaux des entreprises du DAX sont situés en Bavière, ce qui montre les opportunités qu’offre la région pour les futurs ingénieurs, chimistes, ou chercheurs pour une carrière franco-allemande.

Justement, où en est la coopération franco-bavaroise en matière universitaire ? Pourquoi les jeunes Français / les jeunes Allemands ont tout intérêt à s’investir dans une formation franco-bavaroise et à quelles occasions pouvons-nous rencontrer le CCUFB ?

Les relations universitaires entre le France et la Bavière sont également très privilégiées et très faciles dans les deux sens. Tout d’abord en termes de coûts, les universités en France et en Allemagne sont presque gratuites, ce n’est donc pas quelque chose d’exclusif. Ensuite, il y a différents instruments pour la mobilité, en commençant par la mobilité individuelle, l’ERASMUS, les cursus intégrés. Au final, chacun peut trouver son bonheur. La palette est gigantesque, et ce, dans tous les domaines : ingénierie, sciences dures, droit, sciences humaines et sociales. Nous avons 60 doubles diplômes entre la France et la Bavière, dont une vingtaine est chapeautée par l’Université franco-allemande (UFA). Une université comme la TUM dispose d’une centaine de partenariats avec des Grandes écoles et universités en France. Un autre avantage, c’est la langue et les compétences interculturelles. L’anglais, « c’est le SMIC » si j’ose dire, cela ne permet plus de se démarquer, c’est une nécessité. La deuxième langue ou la troisième langue jouent et donnent de l’importance à un CV. Les relations entre la France et la Bavière sur le plan économique sont également très importantes et il y a beaucoup d’opportunités. Certaines entreprises recrutent massivement des jeunes Français, connaissant la valeur de la formation d’ingénierie en France.

Le CCUFB a trois missions dans ce cadre. La première mission est d’offrir des conseils aux jeunes, en commençant déjà avec les lycéens, notamment ceux au sein des classes Abibac, qui sont des candidats potentiels et intéressants pour les cursus intégrés. Nous intervenons aussi beaucoup auprès des étudiants lors des journées internationales dans toutes les universités en Bavière, mais aussi au Forum franco-allemand à Strasbourg et au Salon de l’Etudiant à Paris. Nous sommes présents à une cinquantaine d’évènements d’information chaque année et les jeunes lycéens et étudiants peuvent venir nous y rencontrer. Je les invite également à regarder notre site Internet. Pour le reste de notre public, c’est assez différent. Le deuxième volet de notre mission concerne le financement des enseignants-chercheurs.
Nous les aidons à monter et à financer leurs projets de recherche. Enfin, nous organisons des workshops et des conférences, auxquelles des spécialistes ou des personnes du grand public participent. Nous sommes par exemple en train de préparer une conférence au mois de septembre avec Acatech (Deutsche Akademie der Technikwissenschaften) sur l’Industrie 4.0. C’est une conférence qui réunira des scientifiques issus des deux pays, ainsi que des représentants de l’industrie sur le thème de l’Industrie du futur.

Monsieur Honsdorf, je vous remercie du temps que vous avez dédié à cet entretien.

Réalisé le 13 juin 2016 par M. Pierre Delbosc, stagiaire au Consulat général de France à Munich.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du CCUFB
Pour tout comprendre :

UFA : Université franco-allemande (en allemand Deutsch-Französische Hochschule) – Créée en 1997 suite à l’accord de Weimar, l’UFA a pour objectif d’améliorer la coopération franco-allemande dans l’enseignement supérieur. Elle soutient les relations et échanges entre des établissements d’enseignement français et allemands, des projets binationaux dans le domaine de l’enseignement, la recherche et la formation de futurs chercheurs.

CCUFB  : Centre de Coopération Universitaire franco-bavarois (en allemand Bayerisch-Französisches Hochschulzentrum) – Fondé en 1998 comme organisme commun à la Technische Universität München (TUM) et à la Ludwig-Maximilians-Universität (LMU) pour renforcer la coopération universitaire et dans le domaine de la recherche entre la France et la Bavière. Ce centre est un exemple unique en Allemagne de coopération entre la France et un Bundesland.

OFAJ : Office franco-allemand pour la Jeunesse (en allemand DFJW : Deutsch-Französisches Jugendwerk) – Créé en 1963 par le Traité de l’Elysée, l’OFAJ est une organisation de coopération franco-allemande destinée à la jeunesse et qui a pour mission d’encourager les relations entre les deux pays pour faire évoluer leur compréhension mutuelle.

Dernière modification : 28/06/2016

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