Dialogue de Petersberg : conférence de presse conjointe de François Hollande et Angela Merkel [de]

Conférence de presse conjointe du président de la République et la chancelière allemande á l’occasion de la 6ème édition du Dialogue de Petersberg sur le climat (Berlin – mardi 19 mai 2015)

François Hollande s’est exprimé sur le climat, les flux migratoires en Méditerrané, l’Ukraine et l’enseignement de l’allemand en France.

LE PRÉSIDENT : Une fois encore, je suis à Berlin et c’est pour une cause qui nous réunit, celle de faire réussir la conférence sur le climat à Paris à la fin de l’année. Et je veux remercier tout particulièrement la chancelière d’avoir lancé ce Dialogue de Petersberg et de m’avoir invité à le conclure aujourd’hui pour que nous puissions lancer un appel à la mobilisation, la chancelière, moi-même et tous les participants, pour que nous ne perdions pas de temps d’ici le mois de décembre.

Nous avons 200 jours. Ça peut paraître beaucoup, en fait, c’est très peu. Donc nous devons associer tous les pays : les pays développés qui doivent montrer l’exemple notamment en publiant leurs contributions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ; les pays émergents qui doivent également comprendre que c’est l’intérêt de tous d’avoir un accord universel et contraignant mais différencié ; et puis les pays en développement qui, eux, doivent être accompagnés.

C’est l’enjeu du financement sur lequel nous sommes revenus la chancelière et moi-même, parce que nous avons voulu être les premiers à déposer notre propre contribution au Fonds vert, en mettant l’Allemagne et la France à la même hauteur. Nous voulons que beaucoup de pays s’associent à ce processus pour que le fonds puisse être capitalisé à la plus grande hauteur afin que nous puissions disposer dès 2020 de la masse financière nécessaire pour assurer la transition.

Nous avons également insisté pour que l’ensemble des acteurs publics et privés soient également mobilisés dans ce processus. Cette semaine à Paris, va se tenir le sommet des entreprises pour le climat et je tiendrai le même langage à ces grands acteurs économiques. Ils sont partie prenante parce que ce sont eux qui vont faire ou les financements ou les investissements. Il y aura aussi des rassemblements d’élus de la planète toute entière, cela aura lieu à Lyon au début du mois de janvier.

Enfin il y a des échéances qui vont nous permettre de progresser vers l’accord et je compte beaucoup sur la chancelière puisqu’elle va accueillir ici, en Allemagne, le G7, elle va le présider. Et une grande partie de nos travaux sera consacrée à la préparation de la conférence de Paris. Il y aura là aussi des grandes structures de financement : FMI, Banque Mondiale. Il y aura aussi, à l’invitation de la chancelière, des représentants de tous les continents, notamment le continent africain parce que nous avons besoin que l’Afrique soit accompagnée et aussi rassurée dans la perspective d’un accord sur le climat.

Nous avons donc saisi l’occasion de cette matinée déjà très riche pour aborder des sujets d’actualité mais enfin nous ne cessons d’échanger sur ces questions-là. Notamment sur l’Ukraine, nous nous sentons engagés la chancelière et moi-même après les Accords de Minsk. Et lorsque la chancelière rencontre le Président POUTINE, lorsque moi-même, je rencontre le Président ukrainien et le Premier ministre, nous tenons le même langage, c’est le respect de l’Accord de Minsk. Nous le disons avec la même fermeté et aux uns et aux autres parce que c’est la condition de la paix, c’est la condition d’un règlement. Et à Riga, nous aurons aussi cette même volonté de faire en sorte que l’Ukraine puisse avoir l’accord d’association tel qu’il a été prévu mais que nous puissions aussi nous assurer que l’Accord de Minsk se met bien en œuvre et qu’il n’y a aucun retard car il y a une population qui souffre, notamment à l’est de l’Ukraine, et nous devons aussi penser à elle.

Nous avons abordé d’autres sujets économiques, également ceux liés à cette tragédie qui se passe tous les jours en Méditerranée et nous avons là aussi la même position. Dès lors, il ne peut pas y en avoir d’autre. D’abord, secourir ces malheureux qui sont sur des bateaux qui peuvent à tout moment s’échouer et sombrer. Et c’est pourquoi nous avons appuyé la multiplication par trois des financements liés à ces secours dans le cadre de Frontex.

Nous avons aussi la volonté d’accueillir, parce qu’une fois que ces personnes ont été secourues, il faut les accueillir. Mais il est important de bien faire la distinction entre ce qui relève de la migration économique et qui n’a pas vocation à rester en Europe et ce qui tient au droit d’asile, lié à la situation de réfugié. Et là-dessus, l’Allemagne comme la France font des efforts déjà considérables. Je rappelle que ce sont quatre à cinq pays qui font l’accueil des réfugiés pour 75 % d’entre eux. Nous avons donc la volonté de faire en sorte qu’il puisse y avoir une répartition de ces efforts dans le respect du droit d’asile, qui est un droit qui est pleinement reconnu en Europe, et qui obéit à des règles européennes même s’il peut y avoir, comme en France, des volontés qui vont se traduire par une loi pour accélérer encore les procédures.

Nous avons aussi évoqué la question du Royaume-Uni parce que nous allons recevoir David CAMERON à la fin du mois et nous devons travailler avec lui pour faire en sorte que, dans le respect des principes européens, des réponses soient trouvées.

Une fois encore, je veux insister sur ce qui fait la force de la relation entre la France et l’Allemagne sur toutes les questions, y compris les questions qui peuvent être celles de l’urgence. Nous avons parlé de ce que nous pouvions faire avec les ministres de l’Intérieur de nos deux pays notamment par rapport à ces réfugiés ou à ces migrants. Et c’est très important que, sur ces questions-là, la France et l’Allemagne s’expriment d’une seule voix même si, aujourd’hui, c’était la voix pour un bon accord à Paris pour le climat.

Bonjour Monsieur le Président, bonjour Madame la Chancelière. Une question donc sur cette affaire des migrants que vous venez d’évoquer à l’instant. La France, par la voix de son Premier ministre, Manuel VALLS, a rejeté l’idée de quotas de migrants en Europe. Vous-même, Monsieur le président, vous venez d’évoquer la possibilité d’une répartition. Que faut-il comprendre ? Est-ce que la France, finalement, rejette bien cette idée de quotas ou pas ? Et à l’issue de votre rencontre, est-ce que vous avez une position précise et commune sur cette affaire ?

LE PRÉSIDENT : Nous devons mettre de la clarté. Il n’est pas question qu’il y ait des quotas d’immigrants parce que nous avons des règles qui sont le contrôle de nos frontières et des politiques de maîtrise de l’immigration. Les personnes qui viennent parce qu’elles pensent que l’Europe est un continent de prospérité pour trouver un travail alors même qu’elles n’y sont pas accueillies par des entreprises, par le pays en question, ces personnes doivent être raccompagnées. C’est la règle. Donc on ne peut pas parler de quotas. Il ne peut pas y avoir de quotas pour ces migrants.

Il y a la question ensuite des réfugiés qui relèvent du droit d’asile. Or, le droit d’asile n’obéit pas à un quota. On ne reconnaît pas l’asile en fonction d’un nombre de personnes qui auraient déjà été autorisées. Ça n’aurait aucun sens. Il y a des personnes qui relèvent ou qui ne relèvent pas du droit d’asile. Et on ne peut pas dire à une personne : « Voilà, il y en a d’autres qui sont passés avant vous. Vous n’aurez pas l’asile » alors que les droits sont pourtant établis. Donc nous récusons cette notion. Elle est contraire donc aux principes. En revanche, lorsque ces réfugiés vont toujours dans les mêmes pays – et j’ai cité les pays, notamment l’Allemagne, dans une moindre mesure la France mais l’Allemagne, la Suède, la France –, nous devons faire en sorte que d’autres pays puissent également prendre leur part. C’est ce qu’on appelle la répartition.

Monsieur le Président, Nico FRIED, Süddeutsche Zeitung. Moi, ce qui m’intéresse, ça serait de savoir ce qui en est, le BND aurait, éventuellement à la demande du NSA, transmis des métadonnées, écouté des services. Est-ce que vous avez pu parler avec la chancelière de toutes ces questions, avez-vous eu des réponses ? Et Madame la chancelière, vous avez un ordre du jour très vaste de sujets de politique étrangère, dont vous avez parlé avec le président, mais la stabilité de la coalition en Allemagne c’est certainement un point important aussi, et on voit bien qu’il faut que vous soyez d’accord avec votre vice-chancelier ministre de l’Economie. Est-ce qu’on peut se demander par hasard si vous êtes assez forte vis-à-vis des Américains, est-ce que par exemple sur les questions du charbon vous n’avez peut-être pas fait les bons choix, et est-ce que votre relation avec votre vice-chancelier est suffisamment basée sur la confiance, que vous puissiez faire face à toutes ces difficultés qui s’annoncent ?

LE PRÉSIDENT : Je serai tenté de faire la même réponse, mais en français, oui, pour ce qui concerne les activités dont vous avez parlé, c’est-à-dire, sur le passé, la Chancelière m’a confirmé que des enquêtes étaient en cours, et je fais pleine confiance aux instances qui ont à mener ces enquêtes pour qu’elles puissent établir la réalité des faits. Pour ce qu’est notre coopération en matière de renseignement, surtout dans cette période où il y a des menaces qui sont très sérieuses, elle est entière, et elle est fondée également sur la confiance.

Bonjour. Un sujet qui vous concerne tous les deux. Madame MERKEL votre ambassadrice en France a été reçue, à sa demande, récemment par la ministre de l’Education nationale, elle s’inquiète sur l’enseignement de l’allemand en France. Est-ce que vous avez évoqué cette question avec le président de la République, est-ce qu’il vous a rassurée ? Et Monsieur le président, au-delà de la question de l’allemand, on voit que la contestation sur la réforme du collège se poursuit en France, il y a un mouvement aujourd’hui de grève dans le monde de l’éducation, qu’est-ce que vous dites à ceux qui font grève aujourd’hui, et comment pensez-vous sortir de cette crise ? Merci.

LE PRÉSIDENT : Oui, quand une réforme est engagée, elle suscite toujours des interrogations, partout, y compris, et c’était bien légitime, de nos amis allemands quand il s’agit de l’apprentissage de la langue allemande. Dans une réforme il faut expliquer et donner la réalité là encore des faits. Au terme de la réforme, c’est-à-dire finalement quand elle sera engagée, dès 2016, il y aura plus de jeunes apprenants en Allemand qu’aujourd’hui, plus de jeunes Français qui apprendront l’allemand.

Quand ils la choisiront en première langue, ce sera dès le CP. Quand ils la choisiront en deuxième langue, ce sera dès la deuxième année de collège, c’est-à-dire dès la classe de 5e. Et pour les jeunes qui auraient pris l’allemand, il y en a beaucoup notamment dans les régions frontalières, qui auraient pris l’allemand en première langue, ces enfants pourront prendre l’anglais comme deuxième dès la 6e, parce que nous sommes attachés à ce qu’était l’esprit des classes bilangues.

Je pense que quand ces faits là ont été donnés, à nos amis allemands, les choses se sont éclaircies d’autant que j’ai ajouté qu’il y aurait plus de recrutements de professeurs d’allemand dès cette rentrée qu’il n’y en avait par le passé -plusieurs centaines de plus-. Le gouvernement a même nommé un délégué, parce que c’est très important l’amitié franco-allemande, un délégué ministériel pour que nous puissions donner toutes les informations et franchir toutes les étapes.

Je souhaite aussi qu’il y ait plus de jeunes Allemands qui apprennent le français, qui est une très belle langue. Cela relève de la responsabilité des Länder, donc je ne peux pas demander à la chancelière, je peux le demander à tous les responsables des Länder : faites aussi en sorte qu’il y ait plus de recrutements de professeurs en français, et qu’il y ait plus de facilités pour l’apprentissage de la langue française. Mais mon objectif c’est qu’il y ait plus de jeunes qui puissent parler l’allemand et qui puissent avoir ce cursus scolaire grâce à la réforme du collège.

Ces mêmes informations, je pense que les professeurs doivent en disposer, en France. S’il y a des interrogations, elles sont toujours légitimes, mais il y a une réforme, et une réforme qui doit permettre d’assurer à la fois la réussite pour tous, ce qui est quand même le principe-même de l’école de la République. Et l’excellence, et ce n’est pas parce qu’on veut permettre la réussite pour tous qu’on abaisse l’excellence. L’excellence ce n’est pas un privilège, c’est un droit. Elle doit être partagée l’excellence, pas abaissée, partagée.

Voilà l’esprit qui anime cette réforme du collège, et je pense que les professeurs, les enseignants, qui font un très beau métier, un très dur métier, doivent être considérés dans cette réforme.

J’aurais une question qui s’adresse aussi bien à la Chancelière qu’au Président. Vous avez dit avoir parlé de toute une série de sujets mais vous n’avez pas évoqué la Grèce dans cette liste. Alors j’aimerais bien savoir si vous vous faites du souci en voyant que les négociations traînent toujours avec la Grèce. Est-ce que la Grèce va avoir dépensé tout l’argent avant qu’on ait pu mettre au point un plan de sauvetage ? Et est-ce que vous allez essayer à Riga de faire pression sur TSIPRAS pour arriver à une solution ? Alors, est-ce que vous appuyez ou non aussi – je voulais savoir – la proposition de GABRIEL pour les centrales thermiques au charbon ?

LE PRÉSIDENT : Oui, il y a eu du travail qui a été mené et les ministres des Finances de nos deux pays mais aussi les ministres des Finance dans le cadre de l’Eurogroupe ont, avec la Grèce, eu un dialogue pendant plusieurs semaines. Nous devons, comme l’a dit la chancelière, accélérer parce que maintenant, l’échéance approche, c’est la fin du mois de mai. Et la Grèce a également des besoins qui ne peuvent pas attendre et des financements qui doivent être trouvés. Nous aurons l’occasion – parce que nous ne cessons de le faire – de parler à Monsieur TSIPRAS, là-aussi à l’occasion de Riga.

Et cela sera le même langage que nous tiendrons, c’est-à-dire nous voulons que la Grèce reste dans la zone euro mais, en même temps, nous voulons aussi que nous puissions trouver une solution durable pour éviter qu’il y ait toujours cette incertitude. Et je crois que c’est l’intérêt de tous – de la Grèce et des Européens – et c’est l’esprit encore qui nous anime aujourd’hui et qui nous animera, c’est vrai, encore quelques jours. Mais là, l’échéance est proche. C’est la fin du mois de mai. Nous devons tout faire pour que d’ici la fin du mois de mai, des solutions puissent être proposées. Merci./.

Dernière modification : 12/04/2016

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