Discours du Consul général à l’occasion de l’hommage aux victimes des attentats de Paris

Le discours :

Sehr geehrter Herr Ministerpräsident Winfried Kretschmann,
Sehr geehrte Mitglieder der Landesregierung,
Sehr geehrter Herr Bürgermeister Dr. Schairer in Vertretung des Oberbürgermeisters Fritz Kuhn,
Sehr geehrte Oberbürgermeister, Bürgermeister und Stadträte,
Liebe Freunde Frankreichs, Chers compatriotes et chers amis allemands,

Le 8 janvier dernier, j’avais pris l’initiative d’organiser, au lendemain de l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, une cérémonie d’hommage et de recueillement à l’Institut français de Stuttgart. Un livre de condoléances avait été ouvert. Le ministre-président et le maire de la capitale du Land m’avaient fait l’honneur d’y participer et avaient été les premiers à y écrire un message de condoléances, de solidarité et d’amitié.
Un an ne s’est pas encore passé que nous nous réunissons de nouveau pour un hommage à de nouvelles victimes, 129 morts pour le moment mais nous savons que 99 autres personnes sont très grièvement blessées –en urgence absolue, dans le jargon médical- et que ce bilan risque de s’alourdir. Le même livre de condoléances de janvier dernier va se couvrir de nouvelles signatures et de nouveaux messages qui nous ferons chaud au cœur, à nous Français, car nous savons que dans cette tragédie, nous ne sommes pas seuls.
Il y 10 mois, les terroristes ont visé des personnes qu’ils définissent comme leurs ennemis, des représentants des forces de sécurité, des intellectuels et des journalistes et nos compatriotes juifs. Le 13 novembre, ils ont tué à l’aveugle, dans des restaurants, des cafés bondés de Paris où les jeunes aiment à se retrouver au début du weekend, dans un théâtre, le Bataclan, très fréquenté par la jeunesse. Leur ennemi, c’est la France qu’ils haïssent et ce qu’elle représente : la liberté, l’ouverture au monde, une certaine manière d’exprimer le bonheur de vivre et d’exister. Les terroristes ont également voulu –mais ils ont, Dieu merci, échoué- s’attaquer au magnifique symbole de l’amitié franco-allemande en tuant un maximum de spectateurs, Français et Allemands, à la sortie du match amical qui se déroulait au stade de France entre les équipes de football de nos deux pays.
Nos sentiments sont multiples : d’abord, une profonde tristesse : parmi les victimes, il y a de très nombreux jeunes gens, fauchés à l’âge de toutes les espérances. Il y a le cas bouleversant de ces dix amis rassemblés au restaurant pour fêter l’anniversaire de l’un d’entre eux et tués tous ensemble. Ou bien de ces parents habitant le sud-ouest de la France et qui apprennent que leur fille qui vit et étudie à Paris était au Bataclan, qu’ils ne la reverront plus jamais et qu’ils devront annoncer cette nouvelle à sa grand-mère. Paris, c’est la France et la France c’est Paris. Les Parisiens viennent tous d’ailleurs mais tous les Français ont un lien avec Paris. Il n’y a peut-être aucune capitale au monde qui s’identifie de manière aussi parfaite au pays dont il est la tête. Et c’est une ville mondiale. Sur les 129 morts, 25 viennent d’ailleurs. 19 nationalités sont représentées parmi les victimes, entre autres : Espagne, Belgique, Chili, Etats-Unis, Mexique, Autriche, Algérie, Tunisie, Maroc ; Angleterre, Roumanie et Allemagne.
Il y a aussi, ne nous le dissimulons pas, de la colère contre une telle barbarie, exécutée avec sang-froid, de manière mécanique par des terroristes qui avaient le même âge que leurs victimes. Cette colère s’est très vite transformée en résolution. La résolution de nous défendre. Il faut être lucide. Nous avons des ennemis. Ils nous ont déclaré la guerre. Nous devons les combattre. Mais nous devons le faire sans jamais oublier notre histoire, nos traditions et nos valeurs que les terroristes ont voulu ébranler. Ce que veulent les terroristes, c’est que nous perdions le contrôle de nous-mêmes, que nous nous jetions les uns sur les autres, que nous attisions les haines entre les communautés. Nous ne le ferons pas. La résolution de continuer à vivre comme nous l’entendons. Les Parisiens sont habitués à vivre dehors, à sortir, à se rencontrer et à discuter aux terrasses des cafés. Ils continueront à le faire. Comme l’a écrit un jeune Français : « continuer à vivre, c’est déjà mener un combat. » La chancelière a très bien résumé cette conviction en une phrase : « Nous savons que notre vie libre est plus forte que tout terrorisme ».
Au cours de ces journées terribles, nous avons eu l’immense réconfort de recevoir des messages de soutien, de sympathie, de solidarité du monde entier. Au moment où la tour Eiffel s’éteignait en signe de deuil, les plus beaux monuments du monde entier prenaient le relais et affichaient les couleurs de notre drapeau : le mur des Lamentations à Jérusalem, l’opéra de Sydney, le Christ de Rio, la porte de Brandebourg et bien d’autres. La Marseillaise retentissait à New York, Tel Aviv, Los Angeles, Londres, Montréal.
J’ai moi-même appris les attentats par un coup de téléphone d’un ami parisien. J’ai alors mis la radio française et j’ai passé la nuit à suivre les événements terribles qui se déroulaient dans ma patrie, dans ma ville, dans mon quartier. Je connais bien le Xe arrondissement où j’habite. Je vois très bien à quoi ressemblent, un vendredi soir, les terrasses de cafés et de restaurants de ce quartier jeune où vivent ensemble toutes les classes et toutes les nationalités. Je me sens très heureux à Stuttgart mais pour la première fois depuis mon arrivée ici, je me sentais exilé, loin des miens au moment d’un grand danger. Et surtout terriblement impuissant et seul. A minuit40, j’ai reçu votre SMS, M. le maire de Fellbach. Avec des mots simples : « quelle horreur ! comment puis-je t’aider ? » Vous m’avez justement dit ce qu’il fallait pour m’ôter ce terrible sentiment de solitude et d’impuissance. M. le Ministre-Président, vous ne pouvez pas imaginer l’émotion et le réconfort que j’ai eu d’entendre votre voix au téléphone quand vous m’avez appelé samedi matin à 9h30, alors que j’étais encore bouleversé par les nouvelles de Paris, pour me transmettre vos condoléances. En arrivant à mon bureau, samedi, j’ai découvert, devant l’immeuble de l’institut, des bouquets de fleurs, des bougies, un drapeau tricolore que quelqu’un avait tricoté pendant la nuit, des inscriptions magnifiques : « Nous pleurons avec vous », « Qui frappe la France, nous frappe » ou tout simplement « Tenez bon ! ». Ces mots et ces gestes simples m’ont profondément ému.
Paradoxalement, je n’ai peut-être jamais senti aussi fortement que ce jour-là la fierté d’être français et la fierté d’être européen, d’appartenir à une communauté de valeurs fondée sur la liberté, la solidarité, le respect des droits inaliénables de l’individu, l’amour du prochain et le bonheur de vivre ensemble. Comme l’a dit le président de la république : « ce que nous défendons, c’est notre patrie mais c’est bien plus que cela. Ce sont les valeurs d’humanité. »
Je terminerai par la magnifique phrase prononcée par le Président Gauck dans son discours du 14 novembre :

„Europas Werte und Europas Freiheit sind in der Geschichte von machtvollen Feinden angegriffen worden. Dennoch ist unser Europa ein Bollwerk der Demokratie und der Menschenrechte. Auch die brutalen Angriffe islamistischer Terroristen vermögen dies nicht zu ändern. Es ist wahr : Die vergangene Nacht hat uns tief erschüttert. Wir sind in dieser Nacht unseren Ängsten begegnet und wir sind voller Trauer. Aber die Terroristen werden nicht das letzte Wort haben. Diese Nacht wird nicht das letzte Wort haben. Wir werden in den kommenden Tagen und auch in den kommenden Nächten mit unserem Verstand, mit unseren Herzen und mit unserer Entschlossenheit verteidigen, was unsere französischen Freunde einst ins politische Leben Europas gerufen habe :

Liberté, Égalité, Fraternité.“

Dernière modification : 31/03/2016

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