Emmanuel Macron à la Conférence des ambassadeurs allemands [de]

Invité d’honneur de M. Frank-Walter Steinmeier, ministre allemand des Affaires étrangères, M. Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, est intervenu, le 25 août 2015, à Berlin à la Conférence des ambassadeurs allemands sur les enjeux économiques européens et internationaux.

Extraits du discours

1/ Face aux enjeux mondiaux et face à la situation économique que nous traversons, il n’y a qu’une seule question qui importe : comment l’Europe peut-elle réussir dans la mondialisation ?

2/ Nous devons forger un modèle autour de la responsabilité et de la solidarité, deux principes qui sont au cœur de la démocratie européenne – et nous ne devrions jamais oublier que nous avons besoin des deux.

3/ L’idéal européen doit affronter les tensions politiques et le scepticisme : au sein même des Etats membres, où les populismes ne cessent de prospérer, et entre les Etats membres. Nous avons tous notre part de responsabilité, parce que l’idéal européen a laissé la place à la passivité technocratique. Parce que nous avons tous vécu à crédit : pas seulement les Grecs, mais aussi les Français, qui ont fait porter à l’Europe la responsabilité des efforts budgétaires nécessaires et des réformes indispensables. L’Allemagne aussi doit beaucoup à l’Union européenne et à l’Euro, grâce auxquels sa réunification s’est déroulée aussi paisiblement que possible.

4/ Ma conviction profonde est que ces tensions ont pris racine il y a dix ans, en 2005, lorsque la France et les Pays-Bas ont ouvert ce que j’appelle la « décennie perdue » de l’Union européenne en votant non [au référendum]. Ce n’était pas un « non » contre l’idée européenne. Ce n’était pas un rejet soudain et spontané de l’Europe. C’était plutôt un sentiment d’exclusion et d’inefficacité. C’était certainement injuste d’accuser l’Europe d’être responsable de tous nos maux. Mais ce n’est pas très surprenant, puisque les politiques de tous les pays ont expliqué, des années durant, que les mauvaises nouvelles venaient systématiquement de Bruxelles et que les bonnes décisions venaient de Paris, Berlin ou Athènes.

5/ Je suis convaincu que l’Europe est la réponse et que le couple franco-allemand est le chemin à suivre.

6/ Pour l’Union européenne tout entière, nous devons franchir une étape nouvelle et renforcer l’intégration du marché unique. Approfondir le marché unique nous permettra de travailler plus efficacement avec le Royaume-Uni. C’est crucial, car je suis convaincu que l’avenir du Royaume-Uni est dans l’Union européenne. Nous devons être pragmatiques et nous concentrer sur quelques secteurs clefs, comme l’énergie, le capital-investissement et l’économique numérique. Comme disait Jacques Delors, personne ne tombe amoureux d’un marché unique : c’est pourquoi nous avons besoin de le compléter avec un véritable affectio societatis.

7/ Nous devons aussi renforcer la zone euro : une zone monétaire qui paraît réversible est fragile. Pour concrétiser cette convergence, la France et l’Allemagne devraient s’accorder sur un nouvel agenda de réformes. C’est le sens du rapport Pisani-Ferry / Enderlein que Sigmar Gabriel et moi avons reçu en novembre dernier. Nous devons à la fois mettre en œuvre des projets concrets - nous travaillons ainsi à des projets communs dans le cadre du plan Juncker et sur la transition numérique de l’industrie (« Industrie 4.0 ») - et engager des chantiers plus vastes, qui prendront du temps : c’est notamment le cas de la convergence sociale. Je crois par exemple que créer un comité franco-allemand qui comparerait chaque année nos situations économiques et ferait des recommandations indicatives, à chaque gouvernement, par ex. sur l’évolution du salaire minimum ou les politiques de compétitivité et d’innovation, serait une première étape très utile.

8/ Vous n’êtes pas seulement des ambassadeurs allemands. Vous êtes aussi des ambassadeurs de l’idéal européen. Vous n’êtes pas seulement des dirigeants d’entreprise : vous êtes des créateurs et des citoyens européens. Nous devons nous battre contre les fausses évidences. C’est notre responsabilité et c’est notre exigence. Non, la France n’est pas à l’arrêt, non la France n’est pas irréformable. Non l’Allemagne n’est pas hégémonique et ne veut pas étouffer l’idée européenne. On parle ici ironiquement de la « grande nation ». Nous sommes deux grandes nations européennes et c’est ensemble que nous rebâtirons le projet européen. Une Europe de responsabilité et de solidarité./.

Dernière modification : 26/10/2015

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